Au spectacle

La Tendresse, mise en scène de Julie Bérès, novembre 2021, TDB.

Extraits de comptes-rendus d’un spectacle – Autrices : Valentine Renard & Nina Roulin – Auteur : Arthus Gand – 1ère spécialité théâtre 2021-2022.

© Les Cambrioleurs

« Ce que je sais avant le spectacle » – Valentine R.

Pour cette deuxième pièce de théâtre à laquelle nous assistons avec la classe de spécialité, j’ai entrepris quelques recherches en amont. Tout d’abord, La Tendresse est jouée par la compagnie Les Cambrioleurs, créée en 2001 sous l’impulsion de Julie Bérès. C’est une troupe qui se veut polyvalente, c’est-à-dire qu’elle regroupe des artistes aux multiples talents. Leur dernier spectacle, La Tendresse, fait partie d’un diptyque qui s’intéresse aux questions et enjeux de société qui touchent les femmes – dans Désobéir, la première partie de 2017 – et les hommes, auxquels La Tendresse est consacrée. Le résumé nous livre une explication qui m’a marquée et que j’ai beaucoup appréciée : « Les filles de Désobéir devaient mentir aux autres pour s’affranchir des injonctions de la société, de la tradition, de la famille. Les garçons de La Tendresse, eux, ont souvent dû se mentir à eux-mêmes pour appartenir au groupe « homme », pour correspondre à la fabrique du masculin. » Ainsi la pièce de théâtre va-t-elle aborder la masculinité – les masculinités ? –, sa représentation, ses injonctions, son expérience par huit hommes, qui vont la décortiquer pour mieux s’accepter et se comprendre ? Ayant visionné le trailer de Désobéir, je m’attends à un spectacle très dynamique, qui mêle théâtre et témoignages. De plus, j’ai hâte de voir La Tendresse car ces questions de société m’intéressent énormément. D’une part, parce que je suis curieuse de connaître le point de vue, sans filtre, de ce groupe social qui me semble souvent étranger que sont les hommes ; et d’autres part c’est une thématique du féminisme que je souhaite découvrir davantage. J’ai donc de très hautes attentes, et j’espère que La Tendresse saura traiter son sujet avec justesse.

Première partie du diptyque : Désobéir, Julie Bérès.

« Ce que je vois, ce que j’entends au cours du spectacle » Nina R.

Je voudrais commencer en parlant de l’éclairage de ce spectacle qui était d’une grande importance. Dès le début, on remarque un phénomène peu habituel : l’éclairage va jusqu’au public, nous happant et nous intégrant à la pièce. Tout au long du spectacle, la couleur, la composition et le mouvement des lumières va changer pour s’adapter aux scènes et aux ambiances sur scène. Par exemple, lors de la « scène de la guerre » où tou.te.s les comédien.ne.s sont habillé.e.s de façon militaire, la scène était très sombre, éclairée uniquement par le dessus, ce qui donne une impression de lourdeur et de gravité, renforçant l’action jouée sur scène. Lorsque les lumières vont du centre de la scène jusqu’au bord de celle-ci, dans un mouvement de balayage, cela donne une impression de dispersion et de fuite. Lorsqu’au contraire les points lumineux sont fixes, on sent que la.e comédien.ne est ancré.e, et que ce qu’iel dit est important et/ou grave. Lors des scènes de rigolade et de chansons, beaucoup de projecteurs sont allumés et toute la scène, voire le public sont éclairés, ce qui nous plonge dans une ambiance de confiance et de détente.

Ensuite, concernant les chorégraphies qui, à mon sens, sont un bout de l’âme de la pièce, chaque personnage a son style de danse propre, qui retranscrit une part de son histoire et de son jeu. Il y avait du hip-hop, quelques styles de danses urbaines et de la danse classique.  À travers la danse, le corps peut exprimer des émotions, des actions, voire des scènes complètes. Dans cette pièce, je voyais les danses comme des illustrations des témoignages racontés ; par exemple, le parcours du premier danseur sur la structure noire, quand il racontait son expérience et les rapports qu’il entretient avec son père, et plus largement avec sa condition d’homme, il donnait l’impression d’avancer avec son récit, se mouvant au rythme des périples qu’il racontait. Le danseur classique, lorsqu’il racontait son expérience et son addiction au porno durant son cursus à l’Opéra de Paris, dansait au début de façon timide et monotone, pour prendre vie et s’emballer au fur et à mesure du récit. La comédienne qui jouait une femme déguisée en homme depuis le début de la pièce, dansait et bougeait par à-coups, comme si quelqu’un ou quelque chose la retenait ou la bloquait, ce qui correspond bien à l’histoire qu’elle raconte, celle d’une fille dont le père préfère son frère pour la simple bonne raison que c’est un garçon. Elle raconte comment, depuis son enfance ; son père désigne certains jeux pour son frère (les jeux de chantiers, de voiture, etc…) et d’autres pour elle (les poupées, les robes, etc…) sans lui laisser son avis. Les différentes chorégraphies amènent une autre dimension à la pièce.

En troisième point, j’aimerais parler des costumes, qui ont, je pense, été très importants au cours de cette pièce. Dans un premier temps, tous les commédien.ne.s étaient habillé.e.s « normalement », avec des survêtements, des joggings et des baskets. Puis, peu de temps après avoir disparus de scène, ils sont revenus, cette fois-ci habillé.e.s de façon militaire pour une courte scène représentant un combat. On peut, tout au long de la pièce, constater plusieurs changements de costumes plus subtils, Par exemple, j’ai remarqué qu’à chaque fois que l’un des personnages se confiait, racontait son histoire ou se mettait à nu, ses vêtements passaient d’un sweat avec un jogging à une robe ou un habit jugé plus « féminin » par la société. On peut prendre en exemple le personnage que projetait de construire un mur avec les prénoms de toutes les femmes violées en France (ce qui, au passage, est une excellente idée) ; lorsqu’il évoquait son idée, il se déshabillait et se changeait tout en continuant de jouer, pour finir avec une longue robe violette. Et c’est ce schéma pour tous ou presque : iels sont en survêtement, iels se confient et expriment une part de leur sensibilité, puis iels finissent en portant un vêtement plus coloré, plus « efféminés ».

© Théâtre Dijon Bourgogne

« Pourquoi aller voir La Tendresse ? » Arthus G.

Ce spectacle est une création qui n’a pas peur de nous montrer la vérité en face et de dénoncer une société toxique pour les hommes malgré le fait qu’elle soit patriarcale. Si l’on souhaite se questionner et réfléchir sur la place de l’homme dans la société, ce spectacle ne peut qu’aider. Ensuite, celui-ci est un réel ascenseur d’émotion : l’on passe du rire, aux larmes, à la colère en quelques secondes car beaucoup de thématiques sont abordées. En revanche, s’il y a un point à critiquer dans ce spectacle, est le fait que certaines thématiques passent vite et sont moins développées que les autres. De plus, c’est un spectacle réellement contemporain qui traite de sujets et de problématiques actuelles. Malgré cela, je pense qu’il peut intéresser un public moins contemporain que le mien, car il essaie de faire changer les mœurs. Mais je pense que La Tendresse n’est pas à accueillir comme un simple divertissement, mais plutôt comme une sorte de quête de sens à la masculinité. Suite à celui-ci, ma vision de la masculinité et les autres hommes à quelque peu changer, car je me suis beaucoup questionné sur moi-même et sur les autres, et c’était ce que j’attendais de La Tendresse.

© Les Cambrioleurs

Antigone, d’après Sophocle et Brecht, mise en scène de Lucie Berelowitsch

Extraits de compte-rendu d’un spectacle – Autrice : Lauryne Fontaneau – 1ère spécialité théâtre – 2020-2021.

© Tous droits réservés

Antigone est un spectacle créé et mis en scène par Lucie Berelowitsch en 2015. Bien qu’il soit retravaillé en écriture de plateau, il a pour origine les versions d’Antigone de Sophocle et de Brecht. Ce mythe a été repris de nombreuses fois. Pourquoi Lucie Berelowitsch a-t-elle choisi de proposer une mise en scène de ce personnage de la tragédie grecque maintes fois joué ? Pour comprendre cela, il faut s’intéresser au contexte géopolitique de l’Ukraine. En 2014, une Révolution a lieu et après de nombreux affrontements entre le peuple et la police, le président de l’Ukraine fut destitué. Quelques mois plus tard, Lucie Berelowitsh se rend à Kiev, théâtre des plus grands affrontement de cette Révolution, encore marqué par son passé. Elle fait alors le lien avec Antigone, l’archétype de la révolte, du combat contre l’état. Des questions comme « comment honorer les morts ? », « comment reconstruire à partir des cendres ? », « comment réapprendre à vivre ? » sont communes à ces deux combats.

© Tous droits réservés

La réécriture d’Antigone de Lucie Berelowitsch est pertinente sur de nombreux points. Nous pouvons par exemple évoquer la scène d’exposition du spectacle où on assiste à une scène de combat entre Polynice et Etéocle qui finissent par s’entretuer. La particularité de ce moment est que cette scène n’existe pas dans les autres versions d’Antigone. Il s’agit donc d’un ajout de la metteure en scène. Ce début de spectacle In Medias Res met le spectateur directement dans l’ambiance. Cette vision d’horreur choque et permet donc de captiver l’attention du public. De plus, la musique et les accessoires appuient cet effet. Le seau de sang jeté sur le corps des comédiens renvoie à une image forte. La musique au tempo rapide qui monte crescendo en volume au même titre que la lumière qui, au départ est très sombre, augmente petit à petit provoquant une tension et un sentiment d’angoisse pour le public.

Dakh Daughters © Tous droits réservés

La musique occupe une place importante dans cette pièce, le groupe Dakh Daughters, un collectif musical ukrainien de femmes, joue le rôle du chœur. À jardin, de nombreux instruments de musique sont installés et le groupe joue tout en chantant dans sa langue natale. Le spectacle est ponctué par des chants qui ont souvent pour fonction de décrire les actions qui sont en train de se dérouler. Cette présence sur scène apporte un aspect authentique : on ne fait pas qu’entendre la musique, on la voit se former sous nos yeux.

© Tous droits réservés

Antigone est une femme forte qui assume ses actes et les costumes jouent sur des clichés. Elle porte une robe noire tandis que celle de sa soeur, Ismène, est blanche. Cette dernière est associée à la pureté, à l’innocence contrairement à la tenue noire d’Antigone qui représente la tristesse, le désespoir, la solitude voire la mort. Créon porte une épée ainsi qu’une couronne, symbole de pouvoir, de force et de puissance. Il incarne un tyran sans cœur qui abuse de son autorité. C’est un personnage puissant et on peut s’en rendre compte dès son entrée sur scène. La lumière qui l’entoure, laissant dans la pénombre les autres comédiens, attire l’attention du public sur lui. Des lumières froides sont utilisées pour des passages plus calmes, des dialogues par exemple tandis que des lumières chaudes comme le rouge seront utilisées dans des scènes d’action, où la colère est présente ou encore dans des passages plus comiques.

Teaser Antigone, mise en scène de Lucie Berelowitsch

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